Le rôle du partenaire dans le suivi de grossesse

Le suivi de grossesse reste structurellement centré sur la femme enceinte. Les consultations prénatales, les examens biologiques, les échographies : tout le dispositif médical s’adresse à elle. Le partenaire, quand il est présent, occupe souvent un siège en retrait dans le cabinet. Cette configuration ne reflète pas l’état actuel des connaissances sur l’impact du second parent dans la santé périnatale.

Consultation prénatale du partenaire : le code EPG et la prise en charge depuis 2024

La consultation dédiée au futur père ou second parent n’est pas une nouveauté en soi. Elle existe sous diverses formes depuis plus de vingt ans dans certaines maternités. Ce qui a changé : un code de cotation spécifique (EPG) est reconnu par l’Assurance maladie depuis juin 2024. Cette cotation permet une prise en charge à 100 % au titre de la maternité, même lorsque le partenaire est reçu seul.

Concrètement, un médecin généraliste ou une sage-femme peut désormais facturer cette consultation sans la rattacher au dossier médical de la femme enceinte. Le partenaire dispose d’un temps dédié pour aborder ses propres questions : antécédents familiaux, consommation de substances, troubles anxieux, préparation au post-partum.

Nous observons que cette consultation reste sous-prescrite. La plupart des partenaires ignorent qu’elle existe. Les professionnels de santé eux-mêmes ne la proposent pas systématiquement, faute d’habitude ou de temps. Le levier principal est l’information donnée dès l’entretien prénatal précoce du premier trimestre : mentionner au couple que le partenaire peut bénéficier d’un rendez-vous propre, pris en charge intégralement.

Partenaire présent lors de l'échographie, couple ému devant l'image du bébé à naître

Entretien prénatal précoce : pourquoi la présence du partenaire modifie le suivi

L’entretien prénatal précoce (EPP), programmé autour du quatrième mois, est le seul rendez-vous du suivi de grossesse explicitement conçu pour accueillir le couple. Son objectif n’est pas médical au sens strict : il s’agit d’identifier les vulnérabilités psychosociales, les besoins en accompagnement, les éventuels conflits conjugaux.

La présence du partenaire lors de l’EPP permet d’évaluer la dynamique relationnelle, pas seulement l’état de santé de la femme enceinte. Une sage-femme formée repère lors de cet échange des signaux que la consultation individuelle ne capte pas : posture du partenaire face aux décisions médicales, degré de connaissance du déroulement de la grossesse, répartition anticipée des responsabilités parentales.

Nous recommandons que l’EPP soit systématiquement proposé en binôme, y compris dans les configurations familiales non traditionnelles. Le co-parent, quel que soit son lien juridique avec l’enfant à naître, a un rôle clinique : il est le premier observateur quotidien de l’état physique et psychologique de la femme enceinte.

Congé de paternité à 28 jours en 2026 : conséquences sur l’implication périnatale

La réforme de 2026 a porté le congé de paternité et d’accueil de l’enfant à 28 jours calendaires pour le second parent. L’employeur ne peut plus s’y opposer. L’indemnisation est maintenue à 100 % du salaire net de référence, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale.

Ce cadre juridique change la donne pour le suivi de fin de grossesse et le post-partum immédiat. Le partenaire dispose désormais d’un temps suffisant pour :

  • Assister aux dernières consultations prénatales et à la consultation post-natale de la mère, souvent négligée quand le second parent a déjà repris le travail
  • Participer activement aux premiers soins du nouveau-né en maternité (peau à peau, bains, alimentation), ce qui consolide le lien d’attachement précoce
  • Prendre en charge la logistique domestique pendant la période de récupération physique post-accouchement, réduisant le risque d’épuisement maternel

L’allongement du congé ne produit pas automatiquement une implication accrue. Sans préparation en amont (préparation à la naissance suivie en couple, répartition des tâches discutée avant l’accouchement), le congé peut se transformer en cohabitation passive. Le travail des professionnels de santé consiste aussi à outiller le partenaire avant la naissance, pas seulement à lui libérer du temps après.

Couple à la maison consultant ensemble le carnet de suivi de grossesse, partenaire attentionné et impliqué

Santé mentale du partenaire pendant la grossesse : un angle clinique négligé

Les troubles anxieux et dépressifs du partenaire pendant la période périnatale sont documentés mais rarement dépistés. Le dispositif de suivi de grossesse ne prévoit aucun questionnaire standardisé pour le second parent. L’échelle d’Édimbourg, utilisée en routine pour la dépression post-partum maternelle, n’est presque jamais administrée au conjoint ou à la conjointe.

Un partenaire en détresse psychologique affecte directement la santé de la femme enceinte et du nouveau-né. L’anxiété du second parent se traduit par un soutien émotionnel dégradé, une moindre participation aux rendez-vous médicaux, parfois un repli ou des conflits conjugaux qui augmentent le stress maternel.

La consultation EPG mentionnée plus haut offre un cadre pour ce dépistage. Un professionnel de santé formé peut, en vingt minutes, identifier des facteurs de risque (isolement social, antécédent de dépression, consommation d’alcool, difficultés professionnelles) et orienter vers un suivi adapté. Le frein principal reste culturel : beaucoup de partenaires considèrent que la grossesse ne les concerne pas sur le plan de leur propre santé psychique.

Signes d’alerte à repérer chez le partenaire

  • Retrait progressif des rendez-vous de suivi et des préparatifs liés à la naissance
  • Irritabilité inhabituelle ou troubles du sommeil sans cause identifiable
  • Augmentation de la consommation d’alcool ou de substances
  • Verbalisation d’un sentiment d’inutilité ou d’exclusion du processus de grossesse

Le rôle du partenaire dans le suivi de grossesse ne se limite pas à une présence bienveillante lors des échographies. Il s’inscrit dans un cadre médical qui, depuis 2024, reconnaît le second parent comme un patient à part entière.

La cotation EPG et le congé de 28 jours fournissent les outils, mais leur efficacité dépend de l’information transmise par les professionnels de santé dès le premier trimestre. Le partenaire informé, dépisté, préparé, n’est pas un accompagnant : c’est un acteur du suivi périnatal.

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